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20.12.2006

La laïcité : base de la cohésion sociale ?

La laïcité est un concept qui, comme tout concept juridique lié à la vie en société, se doit d'évoluer, et cette évolution fait débat notamment chez Auteuil, Somni et Krysztoff.
 
Depuis 1905, l'appréciation de la laïcité dans la société a évolué. Pensée comme une loi de séparation entre l'Etat et l'église catholique, afin d'établir un Etat séculaire, elle a été utilisée pendant longtemps comme un laïcisme de combat niant le fait religieux.
 
Aujourd'hui, le vent tourne en faveur d'une conception "moderne" reprise dans le rapport Stasi de 2003 qui formulait des recommandations politiques et dans le récent rapport Machelon, son pendant juridique. 
 
Ainsi, dans le Rapport Stasi, il est écrit : "Derrière le même mot, existent pourtant des différences d’approche qui en voilent la signification et la portée. [...] La laïcité, pierre angulaire du pacte républicain, repose sur trois valeurs indissociables : liberté de conscience, égalité en droit des options spirituelles et religieuses, neutralité du pouvoir politique."
 
De même, dans le Rapport Machelon : "De ce principe, diverses d́éfinitions sont données aujourd’hui. [...] Le Conseil d’Etat, dans son Rapport public pour 2004 souligne que la laïcité doit « à tout le moins se décliner en trois principes : ceux de neutralité de l’Etat, de liberté religieuse et de respect du pluralisme » [...] En regard de la rigoureuse police des cultes qui caractérisait le régime concordataire, et une fois dépassés les aspects les plus violents de l’anticléricalisme militant, la loi du 9 décembre 1905 apparaît en effet d’abord comme un texte favorable à la liberté religieuse."

Dans la blogosphère aussi les avis vont dans ce sens. Pour Samuel, "A l'origine, la laïcité, c'est la neutralité de l'espace public. Aucune opinion, aucun courant de pensée ne doit prendre le contrôle de cet espace public et en fixer les règles. [...] Il faut donc évoluer et ne plus associer les mots laïcité et religion. [...] Pour autant, la Laîcité reste un principe primordial d'organisation de notre démocratie, et il faut continuer à la préserver."

Relevant deux jugements très restrictifs et sévères dans l'application de la loi de 1905, Somni, pour sa part, conclut : "Tout cela n’est pas faux, mais cette sévérité est-elle pour autant justifiée aujourd’hui ? En réalité, j’en doute. Mais il est clair que le juge, en maintenant strictement sa jurisprudence renvoie le législateur à ses responsabilités. Si la France souhaite notamment faire une place à la religion musulmane, elle devra passer par un aménagement de la loi de 1905. En aura-t-elle un jour le courage ?"

Visiblement un peu moins d'accord avec les évolutions, Krysztoff est plus critique, bien que rapportant un cas qui est effectivement une violation flagrante du principe de laïcité. 

Au fond, la laïcité est là pour permettre à chacun de vivre sa croyance ou sa non-croyance en Dieu. L'Etat n'a aucun rôle à jouer là-dedans.

Liberté, Egalité, Fraternité. Sur un plan philosophique, chacun de ces principes devant être sauvegardé, la liberté ne doit pas remettre en cause l'égalité et la fraternité, et ainsi de suite...

Chaque croyant a la liberté de croire en ce qu'il veut, d'exprimer et de pratiquer sa religion, cela est d'ailleurs garanti par de nombreux textes internationaux, et il en va de même pour le non-croyant qui a aussi le droit de l'exprimer. Vu sous cet angle, la laïcité implique la retenue dès lors que la cohésion sociale, la fraternité est en danger.

Dès lors, l'on pourrait se demander en quoi le port du voile par des jeunes filles musulmanes remettrait en cause la cohésion sociale. Il est intéressant de noter que l'esprit du rapport Stasi était bien différent de celui de la loi. Le rapport recommandait l'interdiction parmi de nombreuses autres mesures recommandant l'entrée du fait religieux dans l'espace public. L'esprit était de considérer, ce qui est bien le cas, qu'aujourd'hui, la cohésion sociale est en danger du fait du caractère souvent provoquant du voile et du manque d'éducation de la société au fait religieux et à la manière de le gérer. Le rapport préconisait donc l'enseignement du fait religieux à l'école et l'université notamment.

Cette entrée n'est en aucun cas synonyme de perte de neutralité, mais au contraire, la restaurerait dans la mesure où aujourd'hui c'est de fait l'athéisme qui a pris le contrôle de l'espace public.

Le tout est d'ailleurs synonyme de beaucoup d'hypocrisie. Il est interdit aux fonctionnaires, et notamment enseignants de porter des signes religieux, afin d'éviter l'endoctrinement des enfants, mais rien n'est fait contre des enseignants (heureusement pas majoritaires) qui expliquent que les religions sont "n'importe quoi". Qu'ils le pensent est une chose, mais qu'ils le disent aux enfants est tout aussi inacceptable qu'un enseignant religieux qui parlerait de sa religion comme étant l'exemple à suivre. L'un comme l'autre mériteraient des sanctions disciplinaires.

En même temps, l'Etat est censé être neutre, mais les Présidents et Ministres se rendent à la Messe de minuit et autres célébrations d'autres rites religieux.

Globalement, la société française a surtout besoin de se fixer des règles de transition afin de créer à nouveau la fraternité, la cohésion sociale, l'unité perdue, dans le respect des convictions religieuses ou athées de chacun. Ce respect implique de connaître les convictions les uns des autres pour ne plus en avoir peur.

Dès lors, chacun pourra s'exprimer, en public ou non, selon sa sensibilité, sans provoquer systématiquement une réaction épidermique de l'autre bord.

Commentaires

Bonsoir,
votre blogroll m'honore et je trouve ce billet est fort intéressant ... hop, je vous RSSsse ! Bonne continuation blogique.

Ecrit par : FrédéricLN | 21.12.2006

> Merci, et bienvenue :-)

Ecrit par : Criton | 21.12.2006